05/12/2018

Le derby

Le lac Léman s’agite. La bise se lève et va tout renverser sur son passage. Les gens trahissent une certaine fébrilité, aussi bien dans le petit port de pêcheurs que dans la métropole calviniste. Ils vont en découdre et tout le monde tremble. En bref, Lausanne va recevoir Servette.

 Il y a des lustres que la querelle existe. La rivalité plutôt. Mais, pour une fois, depuis longtemps, elle s’avive, elle reprend de l’énergie et de la vigueur, elle remue les foyers et divise les familles. Il faut des trésors de sagesse pour ne pas sombrer dans cette ivresse collective. C’est sur le terrain que la supériorité des Vaudois ou des Genevois va éclater au grand jour. Cette « Schadenfreude » est ancrée dans notre culture. Jean-Villard Gilles l’a rendue immortelle avec « La Venoge ».

En un mot comme en cent, je me sens drôlement rajeuni en attendant le grand derby lémanique de football. Je me souviens qu’il s’agissait d’un événement incomparable et qu’aux Charmilles ou à La Pontaise, les fervents de telle ou telle couleur, se mobilisaient, s’allumaient, se charriaient et parfois se boudaient. Cela ressemblait à l’histoire d’un vieux couple, aux « Vieux Amants » de Brel. A la fin du match, la querelle s’apaisait, l’ironie devenait plus contenue, les Vaudois et les Genevois se causaient à nouveau et faisaient santé avec un Perlan ou un Mont-sur-Rolle, qui se voulaient tous deux médicaments mais qui affolaient en fait les neurones quand ils ne les détruisaient pas.

 Les deux camps n’en venaient jamais aux mains. Leurs caquets étaient leur seule arme. Puissent les « ultras » des deux camps se souvenir que cette guerre de cent ans (et même plus) n’a jamais fait de victimes.

09:55 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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