Humeur - Page 4

  • Le derby

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    Le lac Léman s’agite. La bise se lève et va tout renverser sur son passage. Les gens trahissent une certaine fébrilité, aussi bien dans le petit port de pêcheurs que dans la métropole calviniste. Ils vont en découdre et tout le monde tremble. En bref, Lausanne va recevoir Servette.

     Il y a des lustres que la querelle existe. La rivalité plutôt. Mais, pour une fois, depuis longtemps, elle s’avive, elle reprend de l’énergie et de la vigueur, elle remue les foyers et divise les familles. Il faut des trésors de sagesse pour ne pas sombrer dans cette ivresse collective. C’est sur le terrain que la supériorité des Vaudois ou des Genevois va éclater au grand jour. Cette « Schadenfreude » est ancrée dans notre culture. Jean-Villard Gilles l’a rendue immortelle avec « La Venoge ».

    En un mot comme en cent, je me sens drôlement rajeuni en attendant le grand derby lémanique de football. Je me souviens qu’il s’agissait d’un événement incomparable et qu’aux Charmilles ou à La Pontaise, les fervents de telle ou telle couleur, se mobilisaient, s’allumaient, se charriaient et parfois se boudaient. Cela ressemblait à l’histoire d’un vieux couple, aux « Vieux Amants » de Brel. A la fin du match, la querelle s’apaisait, l’ironie devenait plus contenue, les Vaudois et les Genevois se causaient à nouveau et faisaient santé avec un Perlan ou un Mont-sur-Rolle, qui se voulaient tous deux médicaments mais qui affolaient en fait les neurones quand ils ne les détruisaient pas.

     Les deux camps n’en venaient jamais aux mains. Leurs caquets étaient leur seule arme. Puissent les « ultras » des deux camps se souvenir que cette guerre de cent ans (et même plus) n’a jamais fait de victimes.

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  • Trump banalisé

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    Tu connais la dernière ? Voilà ce qu’on s’est dit mille fois, au travail, en famille ou au comptoir d’un bistrot. Je suis, comme beaucoup, amateur d’histoires drôles et plutôt bon public. Les dernières ? Ce sont celles de Trump, inventées par le personnage le plus puissant du monde, et auxquelles on ne prête plus garde. Pourtant.

    Durant sa campagne pour la présidentielle, il nous avait habitués  à toutes les énormités, grossièretés, mensonges et crises d’hystérie. Il avait invectivé Mme Clinton, jeté l’opprobre sur les journalistes. En 2010 déjà, Trump avait déclaré que Julian Assange, vous savez l’homme des WikiLeaks toujours cloîtré dans l’ambassade de l’Equateur à Londres, devait être exécuté, comme le rappelle Le Monde Diplomatique du mois de décembre. Son cri de ralliement, « America First » n’était d’ailleurs pas sans ramener vers le « Deutschland über alles » de sinistre mémoire. Mais tout le monde était persuadé que le milliardaire ne serait pas élu. Pourtant en 2015, les Américains l’ont bien placé à la tête de la première puissance mondiale.

    On pouvait alors espérer que la fonction présidentielle allait le tempérer un peu. Il n’en est rien. Il tourne le dos au multilatéralisme, provoque en permanence, se conduit, comme toujours, en personnage aussi inculte qu’ignoble. Sa dernière gaffe, rebaptiser la ville de Paradise, dévorée par les flammes, en Pleasure, en ponctuant le tout d’un jeu de mot d’autant plus douteux que de très nombreuses personnes sont mortes ou portées disparues en ce lieu de Californie. C’est tellement gros et bête, que j’en connais ici qui s’en amusent et, finalement,  banalisent le personnage. Moi, il ne me fait pas rire. Mais peur.

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  • VAR: UNE PANACEE ?

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    Vendredi dernier, les vingt clubs de la Ligue suisse de football ont décidé d’introduire le/la VAR (Video assistant referees ou assistance vidéo à l’arbitrage, pour parler français) dès la saison 2019/2020. Ce n’est pas une surprise et l’instance du football suisse d’élite ne fait que prendre la foulée des fédérations. Dont acte. Cela n’exclut cependant pas le débat de fond car les avis restent partagés sur la question.

     Je n’ai jamais été convaincu par l’usage de la vidéo dans le football. Et la dernière Coupe du monde n’a pas dissipé mes doutes sur la question. Si elle a été utile à quelques reprises, elle n’a rien apporté à d’autres occasions. Surtout, elle me paraît insuffisante parce que sélective. Si l’arbitre veut voir et revoir une scène litigieuse, il faut qu’il le fasse dans tous les cas. Pas seulement lorsqu’il y a soupçon de penalty, mais aussi sur les simulations flagrantes ou les fautes assassines, ou présumées telles. La finale entre la France et la Croatie a démontré à l’envi les limites et, peut-être, l’arbitraire qui président à ce système prétendument sophistiqué. Le simple téléspectateur, qui a droit à de multiples ralentis, se forge d’ailleurs facilement sa propre opinion. Même, il faut le reconnaître, si elle n’est pas toujours d’une impartialité totale.

     Le recours à la vidéo me dérange au vrai pour trois raisons principales. La première, anecdotique, est qu’il y aura bientôt plus d’arbitres que de joueurs sur et autour du terrain. La deuxième – et nous l’avons vécu cet été  – est qu’elle casse le rythme du jeu, sans que le temps passé par le directeur de jeu à regarder la télévision ne soit toujours compensé par un rajout adéquat de minutes supplémentaires. La troisième est purement philosophique. Le football, comme tous les sports, est une activité humaine. Et l’arbitre a droit à l’erreur au même titre que le joueur ou la joueuse qui rate une passe, une occasion de but ou un contrôle de balle. Mais le sport roi est-il encore un jeu d’êtres humains ?

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