26/10/2018

LA COLONISATION MASQUEE

A chacun son marronnier. C’est ainsi qu’on nomme dans les médias les sujets qui reviennent à un rythme saisonnier. Le mien a toujours été, et est encore,  de m’inquiéter du recul  de notre culture, de notre art de vivre et de notre langue.  Combat d’arrière-garde ? Peut-être. Il demeure que la question n’a sans doute jamais été d’une telle actualité.

Nous assistons, sans broncher, à une américanisation de notre société. Il n’y a aucun sentiment anti-américain dans ce constat. La langue française a toujours su intégrer des mots d’origine étrangère. Il ne nous viendrait ainsi pas à l’idée de ne plus prononcer les mots « week-end », « sandwich » ou le plus court « ok ». Mais aujourd’hui, il n’est plus question d’adoption. C’est un déferlement des anglicismes et parfois des barbarismes. Certains sont inévitables. Je pense notamment au vocabulaire lié aux technologies nouvelles, au numérique dont les Américains sont les champions incontestés. Certains vocables ne peuvent pas être sortis de leur contexte originel. Il faut s’y faire et l’accepter. Mais il faut également faire preuve de discernement et ne pas utiliser des locutions ou des mots qui ont leur équivalence en français. Je ne vais pas me lancer dans une liste fastidieuse d’exemples. Deux uniquement pris au hasard de mes lectures de la presse. Le « trend » peut très bien laisser sa place à la tendance. Dynamiser va tout aussi bien que « booster ».

Il n’y a pas que la langue à être victime de cette colonisation qui ne dit pas son nom. L’art de vivre et la culture se modifient chez les plus jeunes d’entre nous. Que ce soit à travers l’alimentation, les habitudes quotidiennes. Il n’est ainsi plus rare de voir des gens se rendant au travail en tenant un café (un bain de pied, en fait) dans une main et un sandwich dans l’autre. Cela fait très tendance puisque c’est une scène que l’on peut voir et revoir dans les séries américaines, la référence culturelle suprême du moment. Qu’y faire ? Je n’ai pas la réponse mais j’en appelle à la vigilance. Car ces changements ne sont pas que de surface. Il s’agit de véritables mutations, de normalisations qui nous font renoncer à notre propre personnalité, à notre passé, à notre culture.

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04/10/2018

Deux airs

Une faute d'orthographe pour commencer ! Je sais que "curieux" ne s'écrit qu'avec un "r". Mais j'en mets deux car j'ai vraiment besoin d'en prendre. Et cela ne coûte rien. Moins en tout cas que la recherche, durant des semaines, des jours et des nuits, du mode d'emploi de l'inscription. Me voici enfin au sommet de mon ambition. Curieux, non ?

Mais foin de mes humeurs. Je vous livre ma première réflexion.

FOOTBALL : L’ÂGE D’OR DES PREDATEURS

Loin de moi l’idée de m’immiscer dans le conflit qui oppose la famille de Christopher Lungoyi au Servette FC. Je ne suis plus les affaires du milieu de près mais j’ai pu m’informer de façon complète et sérieuse de ce dossier très émotionnel grâce à mon confrère et ami Daniel Visentini (Tdg du 4.9.2018). Il est cependant révélateur et exemplaire de ce qui se passe dans le monde du football, en Suisse comme ailleurs. Depuis pas mal de temps, du reste. Trois acteurs principaux dans ces mélodrames : les clubs, les familles (donc les jeunes joueurs eux-mêmes) et les agents.

Commençons par les clubs. Le Servette FC possède une des meilleures académies de football de Suisse (sinon la meilleure) et les résultats de ses équipes l’attestent depuis plusieurs saisons. Le club genevois a l’intelligence – et on attendait cela depuis longtemps – d’investir beaucoup dans la formation et, régulièrement, de jeunes talents en sortent pour rejoindre la première équipe.  Ils s’y signalent souvent, progressent encore et se font donc remarquer par les « espions » des grands clubs du pays voire de l’étranger, Porto en ce qui concerne précisément Lungoyi. Ceux-ci vont les débaucher et s’acquittent d’une indemnité de formation. On peut prendre le risque de dire que le montant de cette indemnité n’est pas à la hauteur du coût réel qu’a représenté la formation du joueur.

Les familles ensuite. Légitimement, elles souhaitent que leur enfant réussisse la meilleure carrière possible. Rationnellement, elles savent qu’un transfert intéressant mettra du beurre dans les épinards. Quant au joueur lui-même, à 18 ans, il ne doute de rien mais découvre soudain que le monde des professionnels du football est impitoyable. Certains s’y adaptent et font leur trou. Quel plaisir de voir ainsi Kevin Mbabu et Denis Zakaria (tous deux formés au Servette) être devenus des éléments importants du champion de Suisse, Young Boys, et surtout de porter le maillot de l’équipe nationale. Mais, pour quelques réussites comme celles-là, que de déboires et de désillusions. Il faudrait avoir le temps de recenser tous ceux qui ont vu leurs rêves se briser et dont la carrière s’est effondrée subitement. Avec parfois des conséquences humaines dramatiques.

Les agents de joueurs enfin. Vous en croisez peut-être dans votre rue sans le savoir. C’est que généralement, ils n’aiment pas trop se faire connaître du grand public. Comme si leurs activités généraient de la gêne ou de la honte. Il n’y a pourtant aucune raison à cela. Ils ont tous, en principe, reçu une formation idoine, sont agréés par les Fédérations internationales (l’UEFA et la FIFA qui sont, comme on le sait, des parangons de moralité) et ils  se comparent souvent à des sortes de travailleurs sociaux.  Le salaire en moins, les commissions en plus. Ils apprécient donc logiquement que leurs « protégés » réussissent. Ainsi, à chaque transfert d’un club à l’autre, ils toucheront de quoi boucler leurs fins de mois difficiles.

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