Humeur

  • MOUTIER LE SYMBOLE

    Imprimer

    La bataille politique et juridique qui se livre depuis de nombreux mois au sujet de la ville de Moutier suscite en Suisse romande et, notamment à Genève, des haussements d’épaules quand ce n’est pas de l’agacement. Ces Jurassiens n’en auront donc jamais fini avec leurs revendications ? Dans les années soixante et septante déjà, avant que le Jura ne devienne un canton, les séparatistes étaient même très mal vus. Il faut pourtant rappeler l’enjeu principal de la question jurassienne.

    Il n’est pas d’ordre religieux. Certes, les districts du sud étaient à majorité protestante alors que le nord était catholique. Mais nous, jeunes Jurassiens, militants du groupe Bélier, nous moquions totalement de cet aspect. Il y avait déjà belle lurette que la majorité d’entre nous ne mettions plus les pieds dans une église. Il n’est pas d’ordre économique non plus. Nous étions conscients, que le Jura ne serait pas un canton riche. La région était frappée de plein fouet par la crise horlogère. Moutier était encore une petite ville industrielle prospère. Mais les grandes entreprises de machines qu’étaient Tornos et Baechler (qui se sont regroupées ensuite sous le nom de Moutier Machines Holding) voyaient déjà les nuages noirs de la concurrence étrangère s’amonceler au-dessus de leurs têtes. Quant aux jeunes, ils s’exilaient déjà en nombre vers Lausanne ou Genève, entre autres, en quête d’emplois. La communauté jurassienne, à Genève par exemple, est particulièrement importante.

    Non, l’enjeu majeur de la question jurassienne est culturel et linguistique. Lorsque le Jura a été offert au canton de Berne, lors du Congrès de Vienne en 1815, il était déjà entièrement francophone et, souvent, francophile. Et dès cette époque, des mouvements s’étaient créés – souvent durement réprimés par leurs Excellences de Berne – pour défendre l’identité du Jura et réclamer son indépendance. La germanisation qu’espérait le canton de Berne a partiellement réussi dans le sud mais elle a totalement échoué dans le nord (Delémont, Porrentruy et Franches-Montagnes). Or, il se trouve que Moutier qui a dû rester sous le joug bernois suite à des sous-plébiscites qui étaient un vrai déni de la démocratie, Moutier donc est une ville francophone et son rattachement au canton du Jura coule de source. Elle s’est clairement exprimée dans les urnes pour cette option.

    En cassant ce vote, Berne et la Suisse risquent de rallumer les feux qui avaient été maîtrisés en grande partie. C’est une grave erreur politique car les Jurassiennes et les Jurassiens sont fiers de leur appartenance, jaloux de leur indépendance et ne vont pas laisser tomber leur petite sœur Moutier.

    Lien permanent Catégories : Humeur 1 commentaire
  • Cavalier centenaire

    Imprimer

    A l’heure où tous les lettrés s’inquiètent du déclin, voire de la disparition, de la presse, un périodique (dix parutions par année) tient gaiement la route et va fêter cette année son centième anniversaire : le Cavalier Romand. Au-delà de la sympathie que je lui porte à bien des égards, sa longévité témoigne que la passion peut renverser des montagnes.

    Deux raisons principales me semblent expliquer cette « immortalité ». La première est que la Suisse est résolument un pays de cheval et qu’elle a brillé et brille encore dans les sports équestres. Depuis Alphonse Gemuseus, champion olympique en 1924, notre pays n’a jamais cessé d’engranger des médailles. En dressage, avec notamment les inoubliables Henri Chammartin et Christine Stückelberger, une fois en concours complet et souvent en saut d’obstacles. Actuellement, il peut compter sur un certain Steve Guerdat (champion olympique en 2012) et le descendant d’une dynastie de cavaliers, Martin Fuchs, pour être tout en haut de la hiérarchie. Je ne m’attarde pas sur les cavalières et cavaliers qui complètent aujourd’hui ce tableau magnifique mais il est évident que notre pays est, proportionnellement à son nombre d’habitants, le plus riche en champions.

    Cela a suscité et entretenu – et nous arrivons à la deuxième raison – un engouement incroyable pour tout ce qui touche au cheval. Et l’exemple emblématique de cette popularité est sans conteste Alban Poudret. Il a pris la direction du périodique en 1981 et en 1983 il l’a rebaptisé « Le Cavalier Romand » alors qu’à l’origine il s’appelait « Dragon vaudois » puis « Dragon Romand ». Alban est l’encyclopédie vivante de l’hippisme. Dans cette revue de grande qualité – aussi bien graphique que rédactionnelle – sont passés toutes les cavalières et cavaliers de niveau mondial des 40 dernières années. Elle traite aussi bien du saut que du dressage, du concours complet que de l’attelage, des courses que de la voltige. C’est que mon ami Alban ne pense et ne vit que pour les sports équestres (ce qui ne remet pas en cause son immense culture générale). Sa mémoire est prodigieuse, et lui comme ses collaboratrices et collaborateurs, écrivent aussi bien sur les cracks et les événements internationaux  que sur les concours régionaux et les talents en devenir.

    Au mois d’octobre, il entrera dans sa 101ème année. Le Cavalier Romand, pas Alban Poudret, bien sûr. Je leur souhaite à tous les deux de vivre encore longtemps.

    Lien permanent Catégories : Humeur 0 commentaire
  • Respectez-nous !

    Imprimer

    Comme cela se produit à rythme régulier, les journalistes sont actuellement voués aux gémonies, coupables de tous les forfaits, responsables de tous les maux de la société. Même si je ne suis personnellement plus dans la vie active, je me sens offensé, comme la plupart de mes confrères, par ces attaques aussi bêtes, injustes que sournoises et dangereuses.

    Elles viennent de toutes parts. Des milieux politiques (vous êtes un journaliste extraordinaire car vous avez relayé mon message ou vous êtes un fouille-poubelle parce que vous avez posé des questions dérangeantes ou révélé des agissements proches de l’abus de pouvoir), du peuple, de la foule, des gens de la rue (les gilets jaunes pour prendre un exemple au hasard) et parfois de notre propre corporation comme j’ai pu le lire récemment. Adopter une telle attitude, tenir un tel discours et afficher  une telle défiance vis-à-vis de personnes dont le métier est d’informer toujours et sur tout, est insultant et inquiétant.

    Bien sûr, la concurrence entre les chaînes de télévision et de radio, l’explosion incontrôlée des réseaux sociaux, les menaces économiques qui pèsent sur les médias traditionnels et donc sur les emplois, ont poussé certains de nos confrères à franchir parfois la ligne jaune. Certains le font par nature, qui défendent sous une belle plume des camps politiques précis, sans aucune indépendance. Quelques autres le font par excès de zèle, en recherchant le scoop à tout prix, quitte à défier toutes les règles de la déontologie et à monter de véritables mises en scène. Mais le monde des journalistes a toujours su et sait encore se remettre en cause, se questionner, sanctionner celles et ceux qui ne se conforment pas aux règles fondamentales de la profession. Il n’a de leçon de morale à recevoir de quiconque.

    Il est de nombreux pays où les professionnels de l’information (surtout quand ils titillent les tenants du pouvoir) sont emprisonnés, assassinés, torturés. Nous n’en sommes pas encore arrivés là dans nos paisibles contrées mais j’en soupçonne quelques-uns qui nous passeraient bien à la tronçonneuse.

    Soyons fiers de notre métier. Notre curiosité et notre passion de l’information, qu’elle soit locale, nationale, sportive, internationale, économique, sont des qualités et non pas des tares. Sans elles, plus de liberté, plus de démocratie. Pensez-y avant d’allumer les bûchers.

    Lien permanent Catégories : Humeur 0 commentaire