VIEUX CURIEUX - Page 2

  • Trop c'est trop

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    Le trop est l’ennemi mortel du très. Il l’a banni de son territoire, l’a exécuté sans jugement, l’a définitivement jeté dans les oubliettes de la langue. J’en entends certains me rétorquer que c’est trop exagéré, preuve irréfutable de cette imposture puisque le très méritait parfaitement sa place dans ce cas de figure. Mais il en est ainsi.

    J’entendais, hier encore, un couple sortant du restaurant et se déclarant avec tendresse que c’était trop bon. Il est vrai que parfois, les repas servis ne sont pas très bons bien que trop chers. Mais l’homme ajoutait à sa très chère que prolonger cet instant par une petite sieste crapuleuse serait décidément trop bon. Tous deux ont donc conclu logiquement qu’il valait mieux retourner illico au travail.

    Vous entendez-vous dire à une femme qu’elle est trop belle ? Ce serait une muflerie qui vous  vaudrait une belle paire de claques. Car elle impliquerait que vous préférez largement échanger des caresses avec un thon plutôt qu’avec une créature aux lignes et courbes  irréprochables.

    Des dialogues ou des affirmations de ce type, j’en entends tous les jours et depuis (trop) belle lurette. Echanger un adverbe contre un autre, c’est un marché de dupes, c’est une prise d’otages, c’est très et trop con. Comme moi, finalement.

    Mais c’est trop tendance.

     

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  • Un été avec Raoul

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    Figure incontournable de la vie culturelle genevoise, directeur durant 23 ans du Théâtre des Amis à Carouge, metteur en scène et comédien,  désormais à la retraite, Raoul Pastor vient de nous servir un livre magnifique : « Un été avec Geronimo » paru aux Editions Slatkine. Le cadre de ce récit est la Catalogne. Raoul est un enfant et Geronimo est son grand-père. Un Républicain qui a fait la guerre d’Espagne sans tirer un coup de fusil. Un taiseux vraisemblablement anarchiste et qui apprend presque tout à Raoul. Tout ce qui compte en tout cas. L’enfant de cinq ou six ans vit ses rêves les plus fous dans ce village et laisse libre cours à son imagination déjà fertile. Ce récit est touchant, bouleversant, plein d’humour, de poésie et de métaphores. Pastor a ciselé son texte qui  est un véritable bonheur. Plein de confidences amusantes mais pudiques, de tendresse et d’amour. Je l’ai lu avec délectation en un jour et le relirai, sans verser de larmes cette fois. Enfin, je l’espère. Il est, je pense, inutile d’écrire que je vous conseille de le découvrir aussi. Raoul et Geronimo nous offrent beaucoup d’humanité.

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  • MOUTIER LE SYMBOLE

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    La bataille politique et juridique qui se livre depuis de nombreux mois au sujet de la ville de Moutier suscite en Suisse romande et, notamment à Genève, des haussements d’épaules quand ce n’est pas de l’agacement. Ces Jurassiens n’en auront donc jamais fini avec leurs revendications ? Dans les années soixante et septante déjà, avant que le Jura ne devienne un canton, les séparatistes étaient même très mal vus. Il faut pourtant rappeler l’enjeu principal de la question jurassienne.

    Il n’est pas d’ordre religieux. Certes, les districts du sud étaient à majorité protestante alors que le nord était catholique. Mais nous, jeunes Jurassiens, militants du groupe Bélier, nous moquions totalement de cet aspect. Il y avait déjà belle lurette que la majorité d’entre nous ne mettions plus les pieds dans une église. Il n’est pas d’ordre économique non plus. Nous étions conscients, que le Jura ne serait pas un canton riche. La région était frappée de plein fouet par la crise horlogère. Moutier était encore une petite ville industrielle prospère. Mais les grandes entreprises de machines qu’étaient Tornos et Baechler (qui se sont regroupées ensuite sous le nom de Moutier Machines Holding) voyaient déjà les nuages noirs de la concurrence étrangère s’amonceler au-dessus de leurs têtes. Quant aux jeunes, ils s’exilaient déjà en nombre vers Lausanne ou Genève, entre autres, en quête d’emplois. La communauté jurassienne, à Genève par exemple, est particulièrement importante.

    Non, l’enjeu majeur de la question jurassienne est culturel et linguistique. Lorsque le Jura a été offert au canton de Berne, lors du Congrès de Vienne en 1815, il était déjà entièrement francophone et, souvent, francophile. Et dès cette époque, des mouvements s’étaient créés – souvent durement réprimés par leurs Excellences de Berne – pour défendre l’identité du Jura et réclamer son indépendance. La germanisation qu’espérait le canton de Berne a partiellement réussi dans le sud mais elle a totalement échoué dans le nord (Delémont, Porrentruy et Franches-Montagnes). Or, il se trouve que Moutier qui a dû rester sous le joug bernois suite à des sous-plébiscites qui étaient un vrai déni de la démocratie, Moutier donc est une ville francophone et son rattachement au canton du Jura coule de source. Elle s’est clairement exprimée dans les urnes pour cette option.

    En cassant ce vote, Berne et la Suisse risquent de rallumer les feux qui avaient été maîtrisés en grande partie. C’est une grave erreur politique car les Jurassiennes et les Jurassiens sont fiers de leur appartenance, jaloux de leur indépendance et ne vont pas laisser tomber leur petite sœur Moutier.

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