03/01/2019

PIEDESTAL

Le pouvoir est une addiction et le goût du lucre le meilleur moyen de le perdre. Décidément, cette année ainsi que les précédentes, ont été riches en exemples, tous domaines confondus, de personnalités qui sont soudain tombées de leur piédestal. Comme si les détenteurs de ce pouvoir étaient incapables de retenir les leçons du passé.

Je ne m’en réjouis pas, au contraire, car ce sont toujours les petites gens qui finissent par régler la facture. D’une manière ou d’une autre. Souvenez-vous de ces quelques exemples. Ils ont en commun le Dieu argent alors que ceux qui l’adorent en sont suffisamment pourvus. Le monarque du football mondial et son dauphin – soit Sepp Blatter, inamovible président de la FIFA et Michel Platini, brillant et inventif président de l’UEFA – ont vu leur règne s’achever pour de sordides mais révélatrices questions d’argent. Avaient-ils vraiment besoin de ce petit rab ?

Un peu plus tard, le très grand favori à l’élection au poste de président de la République, François Fillon, a dû se contenter de retourner dans le vestiaire pour surveiller ses costumes, tout neufs, frais et déjà payés, et qui plus est, repassés pas sa Pénélope contre rémunération. Qui a dit stupide et cupide ? J’ai les noms.

La liste n’est pas exhaustive, tant s’en faut. L’année 2018 a enrichi notre savoir (et c’est tout) avec les affaires Maudet et Barazzone à Genève. Le premier est innocent. Il a eu recours à Emmaüs car il était à bout d’habits (facile, je sais). Le second s’est trouvé dénudé (c’est la rumeur) à la sortie d’un bar à champagne et a fini par sortir la carte de crédit des citoyens, pour se couvrir. C’est aussi de l’innocence. L’un s’entête, l’autre sans tête. Mais le deuxième a au moins eu la classe de tirer sa révérence.

Enfin, pour la bonne bouche, le lutin (plus petit encore au vrai) Carlos Ghosn, roi et despote, paraît-il, d’un empire automobile. Il avait des fins de mois difficiles, ses conquêtes féminines vieillissaient à vue de nez, ses leasings chez Renault et Nissan mettaient de plus en plus à mal ses finances personnelles. Il a donc dû logiquement trouver des chemins de traverse et de travers pour remettre le navire à flot. Les Japonais ne l’ont pas entendu de cette oreille et lui ont trouvé une résidence secondaire supplémentaire. Au mois et peut-être à l’année.

Tous ces seigneurs sont en fait prisonniers. L’un derrière les barreaux. Tous les autres enfermés dans la prison de l’argent pour l’argent, du clinquant, de l’avidité, du pouvoir comme raison de vivre. Le fric n’est pas propre à une religion plus qu’une autre. Il est la religion universelle.

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28/12/2018

Trompe-la-mort

La terrible chute  (heureusement sans conséquences irréversibles) de Marc Gisin, il y a peu, dans la descente de Val Gardena a fait froid dans le dos de tout le monde et a remis sur le tapis la question de la sécurité, des risques encourus par les skieurs, surtout dans les épreuves de vitesse,  mais aussi par de nombreux autres sportifs, dans d’autres disciplines.

Faut-il pour autant changer quelque chose ? Non, car c’est impossible. On a bien sûr pris quelques mesures de base (les filets de protection par exemple) mais pour le reste, il faut laisser les choses en l’état. Et mon propos n’est pas cynique. Les principaux intéressés ne se plaignent d’ailleurs pas des difficultés d’une piste. Elle fait monter leur adrénaline, les pousse à élever sans cesse leur niveau, technique ou physique, à solliciter jusqu’à l’extrême leur corps et leur cerveau. Depuis que l’homme existe, il craint la mort mais il aime la provoquer, la défier, la narguer.

Le téléspectateur, lui, est bien sûr un peu (beaucoup) un voyeur. Ces épreuves le passionnent, il délègue à ses idoles le droit de se faire peur, de jouer les équilibristes, de flirter avec le danger. Soyons francs ! Suivrions-nous une épreuve de ski se disputant sur une piste sans bosses, sans schuss vertigineux, sans tournants ? Regarderions-nous encore un Tour de France dénué d’étapes à trois ou quatre cols ? Vibrerions-nous s’il n’y avait aucun dépassement téméraire, ni de sorties de piste dans les Grands Prix de F1 ou de moto ? La réponse est clairement non. Du reste, les télévisions du monde entier ne proposeraient pas ces images, si la possible « tragédie » n’était pas au programme.

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23/12/2018

CEVA... ET APRES ?

La mobilité est au centre des débats. C’est que dans une année, le fameux CEVA sera inauguré. Roland Rossier en a fait un très bel éditorial mardi 18 décembre, en interrogeant sur les oubliés de ce gigantesque ouvrage. Vendredi 21, c’est Marc Moulin qui lui a en quelque sorte répondu en faisant l’inventaire très complet de tous les grands travaux projetés dans le « grand Genève ».

Pour en rester au CEVA, il ne fait pas de doute que cette réalisation est pionnière, révolutionnaire et admirable. Cela dit, au parlement du peuple, à savoir les bistrots, les discussions vont bon train (sans jeu de mot). Le CEVA servira-t-il à quelque chose ? Va-t-il vraiment désengorger la ville et le canton ? Connaîtra-t-il le même sort que l’autoroute de contournement, asphyxiée dès sa création ou presque ? Dissuadera-t-il les automobilistes vaudois, genevois et français, de se rendre en ville avec leur véhicule ?

Autant de questions qui suscitent bien des spéculations, des prises de bec mémorables et même quelques paris. Personnellement, je suis persuadé de la nécessité de cette liaison et je me réjouis d’avoir Annemasse presque sur le seuil de ma porte. Mais je suis dans le camp de ceux qui parient sur les effets limités du CEVA sur la fluidité du trafic automobile et, partant, la qualité de la vie.  Hélas !

C’est que je connais trop de personnes, dans mon entourage proche ou plus lointain, qui iraient même avec  leur voiture dans leur salle de bains. Alors CEVA, améliorations ou créations de lignes de bus et de trams, parkings de dissuasion, co-voiturage, etc. : je crains fort qu’il ne s’agira-là que de cautères sur jambe de bois car l’amour de l’être humain pour sa maîtresse à quatre roues ne faiblira pas.

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